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Il est bon de sentir un petit coin de verdure. Là où le béton a pris le dessus sur tout esprit de nature.
Ah ! Ce matin, le soleil a pénétré par effraction dans ma chambre, dans mon nid de paille et de désordre. Il a envahi mon antre, il a violé mon intimité, mon sommeil, il s’est fondu dans mon corps, dans mon cœur. Debout, clame-t-il, « il est temps de suivre son temps ». Tout d’abord, je n’ai pas réagi. Je me suis laissé aller. J’ai fini par craquer… J’ai marché dans ses traces, il m’a montré le chemin. Le sol ruisselait de lumière, mes pieds barbotaient dans une rivière d’étincelles…
C’est comme traverser le temps, se plonger et s’enivrer d’un autre siècle. Et ce n’est pas si loin. Une bagatelle, un jardin. Une colline à franchir, enfiler les bottes de sept lieux et nous y sommes. J’y suis.
Je me souviens… Quand la forêt m’enlaçait de ses bras trop grands, je retrouvais l’anonymat, la légèreté de l’être… Il règne là-bas un soupçon d’éternité.
Je me souviens… Et ce n’est pas si loin. C’est là encore tout prêt de moi. Toutes ces petites choses… Prendre le temps, respirer les parfums du purin. Traverser les sentiers battus, revenir tout “crotteux”. Se dire que les choses sont simples. Se dire que la tache n’as pas d’importance et les taches non plus.
Je me souviens étant petit, quand les journées raccourcissaient, quand le temps commençait à se raidir, on préparait les bouillottes, on sortait les chaussons de nuit et le gros pyjama. Dès la nuit tombée, on allait chercher le bois dans l’étable. “La petite maison dans la prairie”, en somme. On frottait nos mains devant les flammes, en repoussant l’heure ou l’on devait retrouver nos chambrées. À l’époque et encore quelques fois aujourd’hui, quand je retourne dans la maison familiale… Quand le chauffage est surpris par le gel, la chaleur n’a pas le temps de rejoindre l’étage. Alors on se recroqueville dans le lit, en évitant de se promener dans les profondeurs des draps… Peu à peu la chaleur du corps envahit les couvertures et la nuit vient nous enrôler d’ histoires à dormir… C’est au matin, à l’heure de l’école que tout devient pénible. Il faut sortir du lit.
Je me souviens d’hier encore comme si c’était aujourd’hui. Je me souviens des couleurs de l’automne, le bruissement de feuilles jaunies, le vol en pagaille des pigeons dans la cour, le chien qui aboie au moindre bruit : un tracteur, un voyeur.
Je me souviens les odeurs de la terre mouillée, les pierres transpirant l’excès d’humidité, les vieux murs négligeant leur peau laissant apparaître de grandes auréoles qui peu à peu sont recouvertes de longues barbes blanches. Je me souviens l’odeur du lait venant d’être traie, le fumier fraîchement déposé à coté de l’étable… Fumant comme un bon café noir !
Là ou j’ai laissé mon âme, un petit village en haut d’une colline, qui domine, n’a aucun charme apparent, et pourtant. Sur la place, la vie circule comme un jour sans fin. C’est au détour d’une ruelle que l’on découvre l’architecture de guingois s’élancer comme des notes de musique sur une partition d’où l’on aperçoit les collines verdoyantes parsemées des dernières touches du peintre, petit bois, bosquets à la lisière de la terre et du ciel… Le regard se perd alors dans le décor, retrouvant le charme des chemins d’antan, immuable comme une carte postale, comme un tableau d’un peintre italien. Dans le fond de la vallée se disperse et se dissimule fermes, moulins et manoirs, dans une verdure abondante, parsemée de haies touffues et mal entretenues et de champs avec la raie finement dessinée, qui donnent toute la poésie de ce lieu… La région regorge de maisons perdues au détour d’un chemin de pierre, bien dissimulées du temps et du monde ou seul règne l’innocence et la sérénité. On a le temps pour soi. On a le soin de pouvoir vivre un présent toujours plus proche qui file bien sûr, mais ne se défile pas.
Et entendre le soleil encore dans ma mémoire, me dire que l’herbe est toujours verte, que les chants des oiseaux résonnent toujours dans les feuillages à la tombée de la nuit, que les chouettes chuchotent encore dans les vieux greniers humides, que les matins recouvrent le sol d’une brise, d’une bruine comme si les nuages étaient descendus du ciel pendant la nuit dans un silence feutré déposant leur douceur, me donne la force de croire que j’y suis déjà depuis toujours, arrivé.
Le rêve serait de ne pas y croire, alors, que c’est là en moi depuis toujours. Ici et maintenant, de tout temps, présent dans mon esprit, un poumon vert me chargeant de lumière, un réconfort, une voix dans la nuit comme une étoile. Un guide.
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