Un vélo couché, j’en rêvais. Alors, il y a 10 ans, j’ai décidé de m’en construire un. J’ai fait le tour des personnes de mon entourage, qui avaient un atelier mécanicien, pour leur soumettre mon projet. Sur bout de papier, post-it, j’avais dessiné à quoi il pouvait ressembler. Tous ceux à qui je montrais mon projet me dissuadèrent de le réaliser.
« tu rêves »,
« trop compliqué »,

« tu ne sais pas tenir un tournevis »,
« la soudure, c’est un métier, tu sais moi pendant la guerre, un général allemand, m’a imposé d’en réaliser un pour son fils avec les moyens du bord…
et comme ça, cela semble facile, mais… »
Assez déçu des retours, j’avais presque abandonné mon projet,et puis, un jour, dans une usine près de chez moi, je rencontrais, un mec du nom de Jean F. … je lui raconte et il me dit : « Génial… Je te prête mon atelier sous condition que tu échafaudes des plans précis et que tu estimes le poids de ton véhicule et le matériel nécessaire pour le réaliser. Sur l’aspect technique, si tu as des problèmes je te soutiendrais. Réfléchis et reviens me voir quand tu seras prêt ».
Et me voilà reparti avec plein d’espoir. J’ai de nouveau dessiné au millimètre prêt ce à quoi il pouvait ressembler. Je me suis représenté chez Jean, une fois, deux fois, trois fois de plus.

Lui, me faisant modifier, certains aspect me posant quelques problématiques techniques… Et quinze jours après, je franchissais son atelier en lui disant : « C’est maintenant. Je veux commencer ». J’étais étudiant en vacances scolaire, Il me restait déjà plus qu’un mois et demi pour mettre en application mes idées et réaliser mon projet, mon rêve.
Il me dit : « Ok, je te montre comment fonctionne l’atelier. Je ne serais pas très disponible, mais si tu as un soucis, viens me voir. Je verrais ce que je peux faire ».
« Tout d’abord, il te faut savoir utiliser la cintreuse, la perceuse hydraulique, le chalumeau, le poste à souder, et puis… essaie, encore, essaie encore. Tu as compris le principe… Si tu cherches, une clé, un boulon, une vis, c’est là. Si tu veux nettoyer une pièce, c’est ici…. Il faut faire très attention à ça… quand tu soudes, n’oublie jamais cela… Pour le chalumeau… N’achète jamais de matériel dans ce type de supermarché, c’est pour les amateurs, c’est pas chère, mais cela ne vaut rien.»
Confronté à certaines difficulté, ce vélo aura 4 roues. Le pilote sera tracté par les 2 roues motrices arrières. Pour palier au différentiel, les deux roues arrières seront sur roulement à bille. Un axe centrale entraînera les deux roues qui lui-même sera relié au pédalier.
Je suis venu chaque jour aux ouvertures de l’usine, j’ai visé, devisé, cintré, tordu, soudé, fait, défait, refait… J’ai démonté de vieux vélos entièrement pour récupérer finalement que les roulements à bille ! J’en ai acheté aussi. J’ai désossé une vielleux tondeuse pour ne garder que la direction et le fauteuil.
Mes vacances scolaires fondaient comme neige au soleil. Plus le temps passé et plus mes journées s’allongeaient. Et Cela ne semblait jamais me suffire
. Il me restait quinze jours à présent et j’étais encore loin de rouler dans la cours de l’usine, de montrer au grand jour ma réalisation. Je n’avais plus le temps d’attendre les heures d’ouverture. On me donna la possibilité d’arriver plus tôt et de repartir plus tard.
Si quelqu’un était passé là une de ces nuits, il aurait vu une petite lumière vacillait suivie de bruits stridents. on m’aurait sans doute accusé de tapage nocturne.
L’avant dernière jours ou plutôt l’avant dernière nuit, la lumière du jour commençait à peine à pointer, il pleuvait comme vache qui pisse, de l’eau traversée de toute part le plafond dans un rythme endiablé, je serrais le dernier boulon, poussant le véhicule vers la sortie… m’installait à bord pour mon premier coup de pédale… et sous les applaudissement de la pluie, je faisais mon entrée dans la cours de l’usine le sourire aux lèvres avec cette impression que le rêve ne faisait que commencer.
Jean n’a malheureusement pas eu le temps de me donner un coup de main tout au long de ma progression, trop accaparé par les successions de pannes machines intervenues pendant l’été, mais il m’avait donné l’essentiel, l’impulsion, l’idée que tout était possible. Ce vélo n’étais pas parfait, même un peu lourd, mais il fonctionnait.
Très vite dans la matinée, le bruit circulait que le véhicule était achevé. Mon père est venu inaugurer l’événement, quelques ouvriers dubitatifs aussi.
Quelques années après, pour ma thèse de fin d’étude supérieur, encore tout imprégné de ce rêve, je souhaitais poursuivre l’aventure et réaliser un char à voile et un ULM… et présenter lors de cet événement, une approche particulière de ce qu’aurait pu être un véhicule réalisé à travers les yeux d’un artiste/graphiste.
Mon projet fut refusé, me prétextant que je n’avais « alors pas choisi la bonne école » ! J’ai gardé malgré tout l’idée du véhicule imaginaire, pour réaliser une animation interactive. Là, aussi, je n’avais que peu de notion des outils informatiques qui étaient à ma disposition et tout juste deux mois pour les assimiler et donner forme à ce projet. Mais ceci est une autre histoire !




