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Didier Samson

Didier Samson

Didier samson (2)

Didier nous a quitté mardi matin.

Au premier abord, il ne semble pas très accessible, un peu sombre et taciturne.
Son penchant pour la bouteille en éloignait plus d’un.
Et pourtant, il y a un grand cœur dans cet homme là, de l’esprit, de la passion.

Peut-être trop de passion, une grande sensibilité artiste…
Animateur radio, musicien, chanteur et artiste peintre.

Son enterrement aura lieu mardi 8 décembre (2009) à la Ferté-Bernard en église de Notre dame à 10h30.

A un ami,
qui me manquera.

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J’ai connu Didier, nous avions 15 ans environs. j’ai bu ma première bière le jour du brevet des collèges avec lui. Qu’est-ce qui a fait que nous nous sommes parlé et que nous avons lié une relation amicale ?

Nous étions si différent. Lui était animateur dans ces temps libres à Radio Bouchon, et était dans le groupe de rock les Black Rippers, chanteur et guitariste (si je me souviens bien). Il était brillant, bien que déjà en rébellion contre une certaine forme de société. Doué particulièrement en dessin, vif à la réflexion, passionné de Rock, réfléchi avec déjà une personnalité très marquée, un look “punk“. La crête.

Moi, je me laissais porté par les événements, plutôt considéré comme un cancre de bonne volonté ! Un look pas très bien défini, les cheveux en brosse… avec des difficultés de diction, un penchant pour le dessin et plutôt réservé, voir très réservé… Quand il nous arrivait d’être croisé par le quidam dans la rue, leur regard était étonné la plupart du temps de voir un “kepon” et un “skin” se côtoyer ! Il m’invita à assister à ces répétitions, et me permit de découvrir l’aquarium de la radio au plateau Saint-Jean. Il avait de l’assurance, une certaine prestance sans aucune prétention, ni arrogance. Tant dis que moi, je découvrais un nouveau monde avec toute la timidité que cela impliquait.

Didier a marqué mon entrée dans l’adolescence de façon notoire. Il m’a ouvert une porte sur le monde, sur la culture… il a été le premier à me respecter, m’apprécier et m’accepter comme j’étais (à cette âge là, je savais à peine lire et écrire, “dyslexique” disait-on de moi), il a été le premier pas vers ma nécessité d’épanouissement personnel, il m’a permis de comprendre à l’époque, toute l’importance de nos choix et de nos rencontres, la richesse qu’il pouvait avoir dans l’échange avec les autres.

L’année suivante, vue mon échec scolaire, mes parents m’ont envoyé dans un pensionnat à Metz, puis à Paris où j’ai suivi des études d’art… J’ai poursuivi ma vie à Paris jusqu’en 2001 pour revenir vivre à proximité de Nogent-le-Rotrou où cherchant dans cette ville des visages qui me seraient familier, j’ai croisé Didier.

Il a d’abord été très distant. Je suis donc allé vers lui, lui parler. Il n’avait alors pour moi pas changé. Je retrouvais en lui les mêmes expressions, profondeur, sensibilité et fragilité… avec la maturité en plus et ce petit quelque chose qui me disait que nous avions quelque chose à nous dire, quelque chose qui n’avait pas été bouclé.

Est-il triste ou heureux ? l’ai-je vu triste ou heureux ? Je ne crois pas l’avoir vu triste un jour et vraiment heureux, non plus. Nous nous sommes croisés plusieurs fois dans la ville avec toujours une certaine distance, une précocité et discrétion… J’avais alors beaucoup d’interrogation que je n’osais poser. Il y avait une certaine intrigue qui nous liait. Nous avons évoqué nos passés respectifs, d’une façon simple et sincère, il m’a vaguement évoqué son parcours, sa vie en Espagne, son penchant pour l’alcool et les drogues…

Qu’y avait-il en lui pour bruler de l’intérieur ? Moi qui le voyait comme quelqu’un de formidablement sensible certes, mais avec une telle puissance et un tel potentiel… Pourquoi ne plus vouloir l’exprimer ? Lui donner forme sur la toile ? Se libérer d’un poids ? Et exulter, enfin. Pour renaître de nouveau. Autrement. N’y avait-il pas d’équilibre possible ?

Il se jouait de la vie avec désinvolture comme si elle ne lui appartenait pas… comme si, il n’avait rien à se dire… Comme si, rien n’avait de raison d’être… Comme si, tout avait déjà été dit et que rien n’avait besoin d’être répété… Comme si, il avait depuis toujours tout compris et qu’il n’avait pas de raisons de lutter pour ou contre… Comme si, il savait quelque chose d’inavouable… Comme si, il était déjà très loin, au delà de toutes pensées humaines… comme, omniscient dans sa propre vie.

Nous avions épisodiquement de grandes conversations sur notre goût pour l’art en général… Il me disait apprécier nos échanges. Moi aussi.

Ces derniers temps, il buvait beaucoup. Mais je ne l’ai jamais vu ne pas boire. Je l’avais senti paradoxalement plus posé. Nous avons parlé d’arts, d’artistes encore… Il me parlait aussi de Gilles B. comme quelqu’un perpétuellement à ces cotés, qui ne l’avait pas quitté, qui le suivait d’un regard bienfaiteur et qui appuyait sa démarche artistique. Je n’ai jamais vraiment vu son travail artistique, mais je restais dans le souvenir des dessins qu’il réalisait en classe, à Delfeuille. Et déjà, quelle aisance, fluidité du trait… force de caractère.

« A quand, ta prochaine exposition ? » lui répétais-je sans cesse.  je le provoquais un peu pour qu’il expose de nouveau… que j’étais impatient de voir son travail. Du coup, peut-être…
Il avait laissé au Saint Pol (café sur la place de la ville de Nogent-le-Rotrou) quelques-uns des vieux tableaux qu’il avait réalisés. « Alors, tu as vu… qu’en penses-tu ? » me demanda-t-il. «… C’est pas très récent ? » … « C’est un peu agressif » lui dis-je. « D’ailleurs… A propos de la toile que tu m’as donné… tu sais, je suis pas très alaise avec le visage en haut à gauche, il semble être peint autrement, dans un style différent… Cela fait un peu tache… déséquilibre un peu l’ensemble » ajoutais-je embarrassé. Il avait tant insisté pour que je l’accepte alors que pour moi ce tableau était très loin de représenter les capacités artistique de Didier. Je ne souhaitais pas lui faire de peine. « C’est fait exprès » me répondit-il.

Je me suis proposé de lui donner des cours d’informatique pour dessiner autrement. Il semblait vraiment motivé…et souhaitait faire de la photo aussi. Je lui cédais alors mon ancien appareil photo. Je lui montrais du coup ce que j’avais fait moi-même en peinture. « Nicolas, tu as du talent… tu devrais continuer… ». « Et ma photo, qu’en penses-tu ? » lui demandais-je. « Je n’ai pas regardé… mais il y a quelque chose de fort dans ta façon de peindre ces femmes ».

Je me disais que la voie de son salut résidait dans la peinture et qu’il fallait absolument qu’il reprenne sa démarche artistique. j’essayais donc de lui donner envie à nouveau, je lui avais proposé de rencontrer des artistes dans la région que je connaissais, qui avaient déjà un certain vécu artistique, en me disant que potentiellement cela pouvait lui donner envie de s’y mettre aussi, à nouveau.

A notre dernière entrevue au Saint-Pol, le 24 novembre 2009, Didier avait le sourire quand il me vit entrer au Saint-Pol. Il me dit : « Cela fait un moment que je ne t’ai pas vu ? » et je lui répondit que « c’est souvent comme ça… j’ai parfois besoin de m’isoler pendant un certain temps avant de retrouver du monde…» je lui proposais que l’on s’installe en terrasse. Il était 19h et il faisait étonnamment  bon dehors pour un mois de novembre. Il me rappela qu’il était toujours intéressé pour rencontrer ces artistes dont je lui avais parlé… Il me raconta qu’il avait commencé à faire de la photo. Il me raconta aussi souhaiter s’installer en “libéral”, pour vendre ses dessins. Il avait des projets. je crois qu’il allait mieux sans aller vraiment bien. Je crois qu’il avait envie de recommencer une démarche. Je pense que de nouvelles perspectives s’ouvraient à lui.

« C’était un gentil » comme j’ai pu l’entendre dire. J’aurais aimé qu’il ait un autre avenir, que l’on continue nos conversations. Il allait tout juste avoir 38 ans à la semaine prochaine. J’étais très loin de lui et en même temps, il y avait ce petit quelque chose d’inexplicable qui me disait que l’on se connaissait depuis très longtemps. Je ne sais rien sur sa vie pourtant, ce par quoi il est passé, ce qu’il a vécu, ses souffrances…

Je ne sais rien. Que pourriez-vous me dire ?

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Tags: amitié, artiste, Back Rippers, Décés, Didier Samson, eure-et-loir, mémoire, nogent-le-rotrou, peintre, perche
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